Jeudi 24 juin 2021, le Sénat a examiné puis rejeté, en nouvelle lecture, le projet de loi relatif à la bioéthique.

Je regrette que la CMP n’ait été conclusive sur un sujet aussi essentiel que la bioéthique.

La majorité de l’Assemblée nationale aurait été intransigeante, nous dit-on.

Il nous arrive aussi, hélas, dans cet hémicycle, de nous heurter à une majorité sénatoriale sûre d’elle et dominatrice.

Pour autant, jamais nous ne renonçons à débattre ni à argumenter pour faire évoluer les consciences.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Cette loi de bioéthique revient régulièrement devant le Parlement pour adapter notre législation aux progrès de la science et à l’évolution des mentalités.

Plus que jamais, nous ne voterons pas au groupe RDSE la question préalable.

Parce que dans un domaine aussi sensible que la bioéthique, qui relève de la conscience de chacun, il n’est pas de vain débat.

Nous avons foi en la richesse de l’échange et restons ouverts aux évolutions possibles de nos avis par l’expression d’argumentations convaincantes.

Je voudrais revenir sur des faux procès qui se sont tenus sur des querelles sémantiques qu’il conviendrait de dépasser. On a opposé le droit de l’enfant avec sa noblesse et son caractère sacré, au droit à l’enfant qui relèverait d’exigence malvenue.

Comme si le droit à l’enfant n’existait pas !

Lorsqu’un couple ou une personne souhaite adopter, l’agrément accordé n’est-il pas d’une certaine façon un « droit à l’enfant » ?

De même pour les couples ou les mères désireuses d’AMP, les équipes médicales autorisent un nombre limité de tentatives, donc de droit à l’enfant, dans une certaine mesure.

Je trouve également que l’on considère avec suspicions le désir d’enfant de couple hétérosexuel ou homosexuel comme de parent isolé.

Faudrait-il avoir honte de désirer un enfant à tout prix ? Reconnaître que ce peut être la raison d’être d’un couple ou le projet d’une vie d’une personne seule que d’avoir un enfant, pour lui transmettre de l’affection, assurer son éducation et permettre son épanouissement.

C’est ne pas mesurer la souffrance de parents sans enfants ni les douleurs endurées par les femmes soumises aux épreuves d’une AMP que de considérer ce désir comme un caprice égoïste ou irresponsable.

Comment pouvons-nous ajouter, à cette souffrance physique, une détresse morale par le refus d’autoriser le recours aux possibilités thérapeutiques actuelles ?

Quel sens aurait le progrès scientifique si l’on en interdit le bénéfice à ceux qui en ont besoin et le réclament ?

Le but ultime de la médecine est de soulager les souffrances. Il faut entendre les souffrances de celles et ceux qui réclament un recours à l’AMP, qu’ils soient en couple hétérosexuel, homosexuel ou parfois seuls.

 J’ai aussi entendu parler d’enfant naissant sans père.

Un enfant sans père, cela n’existe pas.

Il y a toujours un père biologique qu’il soit présent ou non, connu ou inconnu, mais il existe et cela ne doit faire aucun doute dans nos esprits, comme dans l’esprit de l’enfant d’une mère célibataire ou d’un couple homosexuel.

Enfin, je reviendrai sur la ligne rouge que l’on a tracé pour la GPA : la gestation pour autrui.

Les enfants nés sous X, qui peuvent être adoptés, sont bien le fruit d’une GPA, si les mots ont un sens.

Certes, ils ne sont pas le fruit d’une fécondation pour autrui, qui associée à une grossesse pour autrui reste à ce jour interdite.

Mais la fécondation pour autrui est bien autorisée pour concevoir un embryon.

Et la grossesse pour autrui n’est pas condamnée lorsqu’elle se conclut par un accouchement sous X.

C’est la concomitance des deux qui trace la ligne rouge, dont je prédis qu’un jour nous aurons à débattre.

Car rien ne sera figé dans le marbre.

Heureusement que notre génération ne condamne pas l’humanité pour l’éternité par manque d’humilité.

Les mentalités évoluent comme les techniques et c’est toute la richesse de cette démarche bioéthique que d’être requestionnée régulièrement pour s’enrichir de l’évolution des consciences.

Pour cela, nous ne devons être privés de débattre…

À propos de Bernard Fialaire

Sénateur du Rhône

Publié le juin 24, 2021, dans sénat. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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