Déclaration du Gouvernement, suivie d’un débat, en application de l’article 50-1 de la Constitution

Intervention de Maryse Carrère, Présidente du Groupe RDSE

Séance publique du 31 janvier 2024

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mes chers collègues,

Si nous avons tous -ici- un devoir de vérité sur la situation de la France, nous avons aussi celui de cultiver l’espoir par nos initiatives et le dialogue avec nos territoires. 

Il revient à chacun d’entre nous -quelques soient nos sensibilités ou nos désaccords- de faire preuve de responsabilité et de courage pour réparer, enrichir et préserver notre modèle social et républicain.

Sans méconnaître les difficultés que rencontre notre pays, verser dans le pessimise ou la nostalgie d’une « Douce France » à jamais disparue…ce n’est ni responsable ni mobilisateur. 

Sans tout promettre, nous devons néanmoins trouver les voix pour que -oui- « nos enfants vivent mieux demain que nous ne vivons aujourd’hui »…. 

Un nouveau cap pour l’emploi, l’éducation, la santé, le logement…. le RDSE est prêt à entendre les nouvelles propositions, à les débattre, à soutenir toutes celles qui s’inscriraient sans détour dans le sillon de la justice sociale, de la solidarité et du progrès. 

Vous nous trouverez à vos côtés sur le chemin d’une école qui tiendrait mieux son rôle, si toutefois l’uniforme n’est pas un cache-misère mais bien le signal d’un retour aux fondamentaux de l’école républicaine, au premier rang desquels l’égalité des chances.

Vous le savez, mon groupe est également attaché aux manifestations de l’appartenance républicaine et au respect du principe de laïcité. 

Nous espérons la continuité d’une certaine fermeté, que vous avez démontrée sur la laïcité, indispensable pour protéger les consciences en éveil et encourager l’esprit de tolérance chez les jeunes, condition du vivre ensemble.

Mon groupe est également attaché à une citoyenneté « réarmée » pour employer vos mots. Nous avons porté au débat du Sénat des propositions que l’on vous demande de regarder. 

Nous serons également au rendez-vous de l’écologie, comme nous l’avons toujours été, pourvu que celle-ci ne soit pas punitive mais plutôt intelligente, cohérente et soutenable par les forces vives de l’économie ainsi que par les plus modestes.

Le dérèglement climatique nécessite une large planification, des réflexions transversales et beaucoup d’innovations pour atteindre ses objectifs.

C’est l’un des défis les plus difficiles. La crise avec le monde agricole en est l’illustration. 

Le RDSE a toujours défendu une agriculture durable… mais pas au prix du sacrifice de milliers d’exploitants. Car c’est bien cela qui se joue.

Ils vous le disent partout dans l’hexagone et depuis quelques jours en outre-mer : il se meurent, quand ils ne meurent pas au sens propre. Trop de normes, une concurrence étrangère déloyale, la pression des distributeurs et au bout de la haie d’obstacles…des revenus indécents…

Alors, oui, nous comprenons leur colère et nous serons attentifs aux solutions proposées. 

Il est d’ailleurs bien regrettable que le travail de contrôle des parlementaires ne soit pas davantage regardé, en l’espèce les 63 propositions du rapport sur la détresse des agriculteurs. 

Sur le front de l’emploi, vous annoncez un acte 2. 

Difficile de dire -à cette heure- si vous parviendrez à atteindre votre objectif de plein emploi dans un contexte économique mondial fragile. On ne peut que le souhaiter. 

Dynamiser le dialogue de branche, baisser les charges, expérimenter la semaine de 4 jours dans l’administration, nous regarderons avec intérêt tous ces projets.

Rendre la lumière aux travailleurs de l’ombre dans les bureaux du secteur public est une belle mesure. Je la salue. Il faudra pousser jusqu’au privé. 

Sur les conditions de travail, lors de l’examen de la réforme des retraites, mon groupe a souhaité, sans être toujours entendu, des mesures fortes concernant la pénibilité…. 

Monsieur le Premier Ministre, soyez rapidement au rendez-vous de tout ce qui constitue la contrepartie légitime du recul de l’âge de départ à la retraite.

Sans attendre aussi, il faut renforcer et non colmater notre système de santé. Au fil des décennies il se fracture un peu plus, avec en point d’orgue les déserts médicaux …

 Quels moyens supplémentaires ? 

Il en faudra ! 

Nous sommes en tous cas heureux que notre résolution sur la santé mentale des jeunes, adoptée en début d’année, trouve déjà un écho auprès du gouvernement. 

Comment -aussi- espérer le « réarmement démographique » promu par le chef de l’Etat, quand le secteur périnatal est en danger ? Mon groupe s’en empare cette année par une mission d’information. 

Sans logement, pas de projets parentaux non plus ! 

En France, en 2024, des travailleurs vivent dans leur voiture ! Dans les grandes villes, des sans-abris dorment sous les fenêtres des RB&B. 

C’est intolérable !

Comment ne pas vous suivre quand vous dites vouloir construire plus de logements et simplifier les procédures ?  

Evidemment, on ne peut pas ignorer le coût du renforcement de toutes ces politiques publiques.  Aussi, je m’inquiète des cibles qui feront les frais des 12 milliards d’économie promis pour l’an prochain alors que beaucoup de nos services publics sont en difficulté. 

Nous partageons, évidemment, votre objectif de redressement des comptes publics. Mais nous savons aussi que la question cruciale est celle du rythme de cet ajustement : s’il est trop rapide il pèsera sur la croissance française et cela ne fera qu’aggraver notre dette. 

Soyez mesurés : je rappellerai que le dernier défaut de paiement de la France date de 1797 ! 

Mais j’entends bien aussi ce que l’Europe nous commande ! Au RDSE, nous la portons dans notre titre car nous la portons dans notre cœur. 

Mais ce n’est pas un amour inconditionnel, nous l’avons démontré en faisant adopter dès 2018, une résolution sur le Mercosur. 

Malgré ses imperfections, l’Union européenne n’est pas un problème, elle est bien souvent la solution. Vous avez rappelé, Monsieur le Premier Ministre, toutes les digues qu’elle a su construire pour protéger nos concitoyens. Ils ne doivent pas l’oublier et ne pas céder aux sirènes des populismes qui se résument bien souvent à la peur de l’autre. 

Un remaniement, c’est redonner un cap. Cependant, on ne tient pas seul un gouvernail. En cas de forte tempête, mieux vaut s’appuyer sur les vieux loups de mer. 

Personne ne doute -je crois- Monsieur le Premier Ministre, de votre lucidité et de votre volontarisme. Mais les réponses -vous le savez- viendront aussi des territoires, des corps intermédiaires, du monde associatif et de tous les élus locaux sans lesquelles rien ne serait possible. 

Des élus locaux mieux protégés, en sécurité, eux aussi libérés du poids des normes, pour mieux exercer leurs missions. 

Un nouvel acte de la décentralisation ? Pourquoi pas si cela consiste à redonner du souffle aux collectivités locales pour qu’elles reprennent en main leur destin dans plusieurs domaines. Je citerai la compétence eau et assainissement que nous avons défendue ici à travers notre proposition de loi.

L’intelligence des territoires, en tant que sénateurs, nous sommes là pour la faire remonter dans l’hémicycle et à disposition du gouvernement. 

Aussi, pour terminer, permettez-moi Monsieur le Premier Ministre, d’espérer que vous trouviez la bonne méthode, que vous puissiez réussir et ne pas décevoir. Vous le devez à la jeunesse française, dans sa diversité, avec laquelle vous partagez sans doute l’audace. Mais pour faire remonter la France sur le podium sans blessure, n’oubliez pas le vivier de l’expérience !

Revoir l’intégralité de la séance : 

https://videos.senat.fr/video.4339872_65ba43db1b6d8.seance-publique-du-31-janvier-2024-apres-midi

Avatar de Inconnu

À propos de Bernard Fialaire

Sénateur du Rhône, Membre du groupe RDSE au Sénat. Vice-président de la commission de la culture, de l’éducation, de la communication et du sport. Vice-président de la délégation à la prospective. Président du groupe interparlementaire d'amitié France Turquie. Membre du groupe d'études Pratiques sportives et grands événements sportifs. Membre du groupe d'études Vigne et vin et de l’ANEV, Association des élus de la vigne et du vin. Maire de 1995 à 2020, à Belleville-en-Beaujolais (Rhône). Conseiller général puis départemental de 1994 à 2021, à Département du Rhône. Président de 2001 à 2020, à Communauté de Communes Saône-Beaujolais. Médecin.

Publié le janvier 31, 2024, dans sénat. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire